Message du 5 mars

Nous entrons maintenant dans la semaine Sainte, et c’est pour nous l’occasion après trois semaines de confinement, d’un «  véritable  » carême, d’entendre cet appel intérieur à vivre autrement notre relation, aux autres, à nous même, à Dieu.
Je propose de lire et de méditer ce témoignage de ce moine : Dom Guillaume Jedrzejczak de l’abbaye du Mont-des-Cats, dans le journal La Croix de vendredi (en pièce jointe). Vous pouvez après cette méditation partager ce qu’elle produit en vous : Nous sommes à votre écoute.

Fraternellement

Régis

Joindre le P. Michel Peyre

Joindre le P. BrunoGrégeois

Joindre le P. Régis Coste

Cette crise change notre paysage intérieur
Dom Guillaume Jedrzejczac

Toujours rattaché à mon abbaye d’origine du Mont-des-Cats, je réside actuellement au monastère cistercien de Valserena, en Toscane, dont je suis l’aumônier, mais je donne également des cours de théologie au Centre Sèvres : c’est la raison pour laquelle j’étais venu à Paris. J’ai ensuite prêché une retraite pour des religieux dans les environs de Bordeaux et, comme ma mère est tombée malade à ce moment-là, je suis resté auprès d’elle quelques jours. C’est alors que l’Italie s’est fermée, puis la France à son tour. Et me voici coincé ici depuis un mois. D’une certaine manière, j’étais déjà habitué au confinement, car le moine fait vœu de stabilité… Même si, depuis quelques années, mes activités m’amènent à beaucoup bouger. Le quartier où vit ma mère, dans le centre de Gradignan, est extraordinairement silencieux depuis quelques jours, cela ressemble presque à un cloître monastique. Ce silence peut être angoissant pour certains. Tout comme la suspension de nos activités habituelles. Cette crise remet en cause un certain nombre d’évidences et nous interroge sur ce qu’est une existence humaine. Elle nous propulse dans une nouvelle dimension de l’espace-temps. On a l’impression, habituellement, que l’espace est un parc d’attractions à parcourir, et nous voici contraints à la stabilité. Vivre, c’est la plupart du temps s’agiter, alors qu’il nous faut apprendre aujourd’hui une autre manière de vivre, qui n’est plus dans l’agitation ni dans le changement. Il nous faut apprendre à demeurer. Être contraints pendant quelques semaines à la stabilité paraît un défi étonnant, un énorme paradoxe, dans un monde où règne l’instabilité constante, au niveau affectif, intellectuel, professionnel, comme le relevait l’abbé de Mondaye (Calvados), le père François-Marie Humann, dans sa lettre circulaire de mars. Limiter les relations oblige également à vivre avec soi beaucoup plus que d’ordinaire, habiter avec soi-même. Échapper à cette logique de la course continuelle peut être le moyen de se retrouver et de retrouver nos proches. Découvrir une autre dimension de la relation : être simplement ensemble, sans nous sentir obligés de faire quelque chose ou de parler. Nous n’entendons quasiment plus parler de la finance, la Bourse s’est écroulée. Et nous découvrons que ce n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est autre chose que l’argent, les activités, les voyages. Cette crise change non seulement notre paysage extérieur mais aussi notre paysage intérieur. Et si elle dure, je suis convaincu qu’elle peut modifier considérablement l’expérience personnelle et profonde de chacun. Pour moi-même en tout cas, je m’interroge sur la multiplicité de mes activités. Me suis-je laissé absorber ? Petit à petit, on se laisse facilement prendre au jeu des responsabilités, des tâches à accomplir, des rôles que l’on joue, et on se prend même au sérieux par moments. Dans cette période, j’ai l’impression de recommencer un peu mon noviciat. Ce temps où il n’y avait pas de but particulier. Je passais à l’époque des heures assis à regarder simplement l’horizon. Sans penser, sans réfléchir. Or, demeurer dans un même lieu, l’esprit tournant à vide, dans un temps qui s’allonge, ce temps qui semble filer si vite habituellement, nous fait descendre petit à petit dans une dimension de soi, un espace intérieur, qu’on ne connaît pas. Ou plutôt que l’on pressent, sans le connaître vraiment. Au début, l’on est traversé par un grand nombre de pensées conflictuelles, qui se déplacent dans tous les sens, mais si l’on accepte de durer dans le temps, de rester en silence, cette écume se dissipe peu à peu, une paix advient et monte du plus profond de soi. Pour ma part, je souhaite retrouver cette joie de ne rien faire, si importante à cultiver. Simplement être bien avec soi. Depuis quelques années, je donne beaucoup de cours, de retraites, de conférences, mais je me suis aperçu que les idées, les intuitions me viennent toujours quand je ne pense à rien. Il faut que j’aie cessé de chercher, de construire, pour que des lumières adviennent. Certes, ce n’est pas simple. L’ennui peut faire peur. C’est pourtant une bonne chose. Il nous fait prendre conscience que nous passons notre temps à remplir cet espace intérieur, encombrés que nous sommes de projets, de rêves, au lieu de le laisser exister, respirer au plus creux de nous. L’ennui est une étape nécessaire, comme la peur, l’angoisse… C’est en deçà de ces sentiments que nous allons pouvoir contacter cet espace plus profond en nous. À condition évidemment de ne pas fuir sur les réseaux sociaux. Ce serait dommage. Le silence aussi remet les choses à leur juste place. Même la mort. On commence à vivre à partir du moment où l’on s’est rendu compte qu’on est mortel. Tant qu’on pense être éternel, on ne vit pas vraiment. Une succession de choses se passent, mais ce n’est pas une vie en elle-même. L’expérience monastique est un peu différente : les moines meurent au monastère, nous les accompagnons jusqu’au bout, aussi avons-nous l’expérience de la mort de l’autre. C’est une expérience très différente de l’image qu’on peut en avoir. Cela fait toujours pleurer, bien sûr, mais il y a une sorte d’intensité de l’instant… Chaque instant prend de la valeur, a du prix. Souvent on imagine les monastères comme des lieux où les moines prient tout le temps, mais le visiteur se rend vite compte que ce sont des lieux de grande activité. Les moines sont toutefois très attentifs à la manière dont ils vivent les choses. Au fond, l’intériorité n’exclut pas l’activité, mais elle donne une densité particulière à toute chose. Et c’est peut-être cela que nous avons à redécouvrir. De la même manière, la crise écologique ne nous appelle pas à rester enfermés chez nous mais à nous ouvrir à une autre manière de vivre libérés de la productivité, de l’efficacité et de la consommation. C’est un peu étrange que cette crise tombe au moment du Carême. Au fond, c’est bien la première fois que nous vivons un vrai Carême en quarantaine. Peut-être est-ce pour nous rappeler que ce qui fait l’essence même de toute existence humaine ne réside pas dans ce que nous faisons, dans nos responsabilités, mais dans ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes. Il est important de nous rappeler à cette réalité profonde de notre être. C’est parce que nous entrons par cette porte de l’intériorité que nous allons vers Dieu ou, plutôt, que nous nous apercevons que Dieu vient vers nous. Parce que c’est par cet espace-là qu’Il vient



Réalisé avec SPIP Contacter : Le webmaster , Informations paroissiales

Plan du site

- mis à jour le : mercredi 3 juin 2020 -